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[2][3]ANALYSE DU CONTE ET MOTS CLES
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[4] Les pistes du conte >>

 1)       Un jour, un roi chassait dans une grande forêt. Et il y mettait tant de cœur que personne, parmi ses gens, n'arrivait à le suivre. Quand le soir arriva, il s'arrêta et regarda autour de lui. Il s'aperçut qu'il avait perdu son chemin. Il chercha à sortir du bois, mais ne put y parvenir.

>Commentaires

Un roi est perdu au cœur de la forêt

>Psychanalyse

FILLE DU ROI et VIEUX ROI : le vieux Roi est l'image de l'inconscient collectif. Quand il tient sa fille prisonnière, cela indique que l'on a affaire à un inconscient individuel (représenté par la fille) qui, sans expérience propre, n'arrive pas encore à émerger et qui sera accablé sans cesse par le père/passé

>Chiffres

1

Symbole de l’homme debout : seul être vivant jouissant de cette faculté.

Il représente l’homme actif, associé à l’œuvre de la création.

L’Un est le principe, source et fin de toutes choses, centre cosmique et ontologique.
Symbole de l’être, mais aussi de la révélation, qui est la médiatrice pour élever l’homme par la connaissance à un niveau d’être supérieur.
Centre mystique, d’où rayonne l’Esprit, comme un soleil.
UN comme base et comme point de départ.

Mots clés : Un, Roi, perdu

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2)       Il vit alors une vieille femme au chef branlant qui s'approchait de lui. C'était une sorcière.
- Chère dame, lui dit-il, ne pourriez-vous pas m'indiquer le chemin qui sort du bois ?
- Oh ! si, monsieur le roi, répondit-elle. Je le puis. Mais à une condition. Si vous ne la remplissez pas, vous ne sortirez jamais de la forêt et vous y mourrez de faim.
- Quelle est cette condition ? demanda le roi.
- J'ai une fille, dit la vieille, qui est si belle qu'elle n'a pas sa pareille au monde. Elle mérite de devenir votre femme. Si vous en faites une reine, je vous montrerai le chemin.

>Commentaires

Il rencontre une vieille femme (sorcière), qui à la condition qu’il épouse sa jeune fille (sorcière), lui montrera le chemin pour sortir.

>Psychanalyse

VIEILLE FEMME
JEUNE FEMME
SORCIERE

C.G. Jung considère que les sorcières sont une projection de l’anima masculine, c'est-à-dire de l’aspect féminin primitif qui subsiste dans l’inconscient de l’homme : les sorcières matérialisent cette ombre haineuse, dont elles ne peuvent guère se délivrer, et se revêtent en même temps d’une redoutable puissance.

LA CONDITION : prendre la fille
LA PUNITION : la mort

Mots clés : vieille femme, jeune fille, reine, sorcière, la condition, mort.

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3)       Le roi avait si peur qu'il accepta et la vieille le conduisit vers sa petite maison où sa fille était assise au coin du feu. Elle accueillit le roi comme si elle l'avait attendu et il vit qu'elle était vraiment très belle. Malgré tout, elle ne lui plut pas et ce n'est pas sans une épouvante secrète qu'il la regardait. Après avoir fait monter la jeune fille auprès de lui sur son cheval, la vieille lui indiqua le chemin et le roi parvint à son palais où les noces furent célébrées.

>Commentaires

La fille est très belle, mais le roi n’est pas séduit. Il reste épouvanté mais ne le montre pas. Il prend la fille, part de la forêt et l’épouse.

>Psychanalyse

Les sentiments développés par le roi sont : la peur, la méfiance, le dégoût, même si la fille est belle…

> Chiffres

1 + 1

2

Symbole d’opposition, de conflit, de réflexion, ce nombre indique l’équilibre réalisé ou de menaces latentes. Il est le chiffre de toutes les ambivalences et de dédoublements. Il est la première et la plus radicale de divisions (le créateur et la créature, le blanc et le noir, le masculin et le féminin, la matière et l’esprit, etc.), celle dont découlent toutes les autres. Il était attribué dans l’antiquité à la mère ; il désigne le principe féminin. Et parmi ses redoutables ambivalences, il peut être le germe d’une évolution créatrice aussi bien que d’une involution désastreuse.

Le nombre deux symbolise le dualisme, sur lequel repose toute dialectique, tout effort, tout combat, tout mouvement, tout progrès. Mais la division est le principe de la multiplication, aussi bien que de la synthèse. Et la multiplication est bipolaire, elle augmente ou diminue selon le signe qui affecte le nombre.
Le deux exprime donc un antagonisme qui de latent devient manifeste ; une rivalité, une réciprocité, qui peut être de la haine autant que de l’amour; une opposition, qui peut être contraire et incompatible, aussi bien que complémentaire et féconde.

Dans cette description, nous retiendrons le caractère négatif du nombre, le conte étant construit en miroir, la polarité du deux s’inversera  pour la fille du roi. Dans la description de peurs du roi, le deux se charge de négatif.

Mots clés : belle, épouvante secrète, noces, deux

 

4)       Le roi avait déjà été marié et il avait eu de sa première femme sept enfants, six garçons et une fille, qu'il aimait plus que tout au monde.

>Commentaires

Les enfants du premier mariage = amour

>Psychanalyse

Le roi a un passé…Union précédente dans l’amour et dont il reste les fruits : les enfants.

>chiffres

1=7

 

7

Le 7 a également  son importance, puisque le septième jour est celui du repos de Dieu. À côté des sept planètes connues alors, il existe sept dons du Saint-Esprit et sept arts libéraux, sept vertus et sept péchés capitaux. Le schéma des sept âges de la vie, hérité de la tradition antique, est généralement divisé en tranches de sept ans (7, 14, 21…).
SEPT : "Symbolise la totalité de l’espace et la totalité du temps. Associant le nombre quatre qui symbolise la terre et le nombre trois qui symbolise le ciel, sept représente la totalité de l’univers en mouvement. C’est le chiffre de la plénitude, de la perfection".
Sept correspond aux sept jours de la semaine, aux sept planètes, aux sept degrés de la perfection, aux sept sphères ou degrés célestes, aux sept pétales de la rose, aux sept têtes du naja d’Angkor, aux sept branches de l’arbre cosmique et sacrificiel du chamanisme, etc.
Sept désigne la totalité des ordres planétaires et angéliques, la totalité de l’ordre moral, la totalité de demeures célestes, la totalité de énergies et principalement dans l’ordre spirituel. Il était chez les égyptiens, symbole de vie éternelle. Il symbolise un cycle complet, une perfection dynamique.
Sept indique le sens d’un changement après un cycle accompli et d’un renouvellement positif.
[Le 7 est le chiffre du rythme du "Sang", la mémoire nutritive de l'âme humaine. Le 7 exprime les étapes de maturité, de génération. Le 7 est associé à la lettre G dont la symbolique est décrite. Tous les 7 ans environ, le sang se renouvelle totalement, avec les changements de caractère qui en découlent : 7 - 14 - 21 - 28 ans etc…
Ce passage du 7 est traduit par sa forme. La diagonale centrale produit ce mouvement, qui est coiffé par la barre horizontale, ou demi-carré, qui exprime le caractère "masculin" ou matériel. Ce chiffre est composé exclusivement de droites, pas de courbe, contrairement au 6 vu précédemment. Il représente une "virilité" nécessaire pour les transitions ou passages. Rappelez-vous le "Le royaume des cieux appartient au violents". Le 7 dispose aussi de la fameuse barre horizontale médiane, identiquement à la lettre G, qui est la semence de la génération suivante. Le 7 exprime une auto-fécondation.
La stylisation du 7 représente une faux, symbole de mort. Ce n'est pas par hasard non plus. Il faut, comme dit la tradition "tuer le vieil homme", c'est à dire enlever en nous les défauts et lourdeurs de ce qui n'est pas bon. C'est pourquoi, en cabale, LE CHIFFRE 7 = 79 = LA MORT liée à LA TERRE = 79 pour se refaire UN CŒUR = 79. Cela dit en passant, remarquez que 79 exprime la génération ou re-génération en incubation, en germe ( voir le 9). N'oublions pas que nous sommes ici pour mourir !]
On peut désigner aux 7 planètes : 7 facultés comme 7 vertus et 7 vices.
* La Charité et l'Orgueil pour le Soleil
* L'imagination, la foi et la Paresse pour la Lune
* La Raison, la Tempérance et l'envie pour Mercure
* L’Affectivité, l'Espérance et la Luxure à Vénus                       
* l’Activité, la force et la Colère à Mars
* La Sociabilité, la Justice et la Gourmandise à Jupiter  
*  Le Jugement, la Prudence et l'Avarice à Saturne.

Mots clés : sept, amour, avant (avait déjà été).
5)       Comme il craignait que leur belle-mère ne les traitât pas bien, il les conduisit dans un château isolé situé au milieu d'une forêt. Il était si bien caché et le chemin qui y conduisait était si difficile à découvrir qu'il ne l'aurait pas trouvé lui-même si une fée ne lui avait offert une pelote de fil aux propriétés merveilleuses. Lorsqu'il la lançait devant lui, elle se déroulait d'elle-même et lui montrait le chemin.

>Commentaires

Le roi cache ses enfants à sa nouvelle femme dans un endroit si secret que lui-même ne peut le trouver sans l’aide d’un fil magique.

>Psychanalyse

Dans un autre sens, la sorcière a été considérée comme une dégradation voulue, sous l’influence de la prédication chrétienne, des prêtresses, des sibylles, des magiciennes druidiques. Elles furent déguisées de façon hideuse et diabolique, à l’encontre des initiées antiques qui reliaient le visible et l’invisible, l’humain et le divin ; mais l’inconscient suscita la fée, magicienne, créatures de l’inconscient, sont filles d’une longue histoire, enregistrée dans la psyché, et de transferts personnels d’une évolution entravée, que les légendes ont hypostasiées, habillées et animées en personnages hostiles.

>Analyse :
Ici la figure de la fée apparaît, en contre point de celle de la sorcière (la nouvelle femme). Elle relie le visible et l’invisible (le fil).

La thématique du fil apparaît également, annonçant celles du tissage et de la couture.
La thématique du secret s’installe dans ce paragraphe

Mots clés : fée, fil, secret

 

6)       Le roi allait cependant si souvent auprès de ses chers enfants que la reine finit par remarquer ses absences. Curieuse, elle voulut savoir ce qu'il allait faire tout seul dans la forêt. Elle donna beaucoup d'argent à ses serviteurs. Ils lui révélèrent le secret et lui parlèrent de la pelote qui savait d'elle-même indiquer le chemin. Elle n'eut de cesse jusqu'à ce qu'elle eût découvert où le roi serrait la pelote. Elle confectionna alors des petites chemises de soie blanche et, comme sa mère lui avait appris l'art de la sorcellerie, elle y jeta un sort.

>Commentaires

Alertée par les absences du roi, la nouvelle reine découvre son secret : elle confectionne de chemises de soie et les ensorcelle.

> Analyse

La nouvelle femme du roi achète le secret (argent), alertée par les absences de son mari et par sa propre jalousie (se sent délaissée). Pour instruire sa vengeance, elle confectionne des chemises de soie blanche. Elle recouvre sa fonction première : sorcière.

La notion de fil est relayée par la soie qui est ici connotée par sa couleur : le blanc.
Le pouvoir de la reine est porté dans le texte par l’argent, tandis que par le vol qu’elle prépare (la pelote), c’est sa vengeance qui est à l’œuvre.
L’idée que ses œuvres seront terribles est accentuée par les adjectifs attenant aux chemises : elles sont « petites ». Cela sous-tend que les enfants aussi, donc sans défense.
Il y a ici une nouvelle charge négative du Deux.

Entre la pelote de fil et les chemises de soie s’est opérée une première transformation : le tissage.

Mots clés : absence, secret, argent, soie blanche, petites chemises, sort.

 

7)       Un jour que le roi était parti à la chasse, elle s'en fut dans la forêt avec les petites chemises. La pelote lui montrait le chemin. Les enfants, voyant quelqu'un arriver de loin, crurent que c'était leur cher père qui venait vers eux et ils coururent pleins de joie à sa rencontre. Elle jeta sur chacun d'eux l'une des petites chemises et, aussitôt que celles-ci eurent touché leur corps, ils se transformèrent en cygnes et s'envolèrent par-dessus la forêt. La reine, très contente, repartit vers son château, persuadée qu'elle était débarrassée des enfants. Mais la fille n'était pas partie avec ses frères et ne savait pas ce qu'ils étaient devenus.

>Commentaires

La reine transforme, à la faveur d’une méprise,  les six garçons en cygne en les revêtant avec les petites chemises ensorcelées. La petite fille échappe par son absence, au sort subit par ses frères.

> Analyse
La reine trompe les enfants qui attendent leur père. Mais elle est elle aussi trompée car elle ne connaît pas l’existence de la petite fille.
Elle pense donc être débarrassée de son fardeau après avoir transformé les garçons en cygnes. C’est en touchant le corps des petits garçons qu’elle les envoûte…par l’entremise des chemises…
La petite fille découvre qu’elle est seule.

>Chiffres

7 = 6 + 1

ou

6 = 7 - 1
(6-1) = la petite fille

Charge négative de la reine - (6) = les petits garçons

SIX : "Marque essentiellement l’opposition de la créature au créateur dans un équilibre indéfini. Nombre de l’épreuve entre le bien et le mal. Chiffre de l’imperfection".
Cette opposition n’est pas nécessairement de contradiction ; elle peut marquer une simple distinction, mais qui sera la source de toutes les ambivalences du six : il réunit en effet deux complexes d’activités ternaires. Il peut pencher vers le bien, mais aussi vers le mal, vers l’union à Dieu, mais aussi vers la révolte. Il est le nombre de dons réciproques et des antagonismes, celui du destin mystique. Il est une perfection en puissance ; ce qui s’exprime par le symbolisme graphique de six triangles équilatéraux inscrits dans un cercle ; chaque côté de chaque triangle équivaut au rayon du cercle et six est presque exactement le rapport de la circonférence au rayon (2 π). Mais cette perfection virtuelle peut avorter.

 

D’après l’analyse des contes de fées, le six serait l’homme physique sans son élément sauveur, sans cette ultime partie de lui-même qui lui permet d’entrer en contact avec le divin. Aussi le chiffre 6 était-il consacré dans l’antiquité à Vénus-Aphrodite, déesse de l’amour physique.

La symbolique du nombre 6 renvoie, pour les théologiens, aux six jours de la Création et à la théorie des six âges du monde émise par saint Jérôme et saint Augustin. Selon ces auteurs, l'histoire du monde peut être découpée en six périodes : la première va de la Création au Déluge, la deuxième s'arrête à Abraham, la troisième à David, la quatrième à Babylone, la cinquième à la naissance du Christ et la sixième à sa résurrection. Dans ce schéma de correspondance, le premier âge du monde correspond naturellement à la prime enfance (jusqu'à la chute des dents).
Parmi la multiplicité des modèles, une subdivision revient fréquemment et finit par s'imposer :
- la petite enfance, jusqu'à la poussée dentaire ; divisée elle-même en deux phases, l'infantia (du latin infans, "qui ne parle pas") puis le temps des "dents plantées" (dentum plantatura) ;
- l'enfance, jusqu'à 7 ans ;
- l'adolescence, ou "seconde enfance", jusqu'à 14 ans minimum, voire 25 ou 30 ans, selon les auteurs ;

CYGNES

Poursuivant l’analyse du chant du cygne, il est troublant de retrouver, par le biais de la psychanalyse, la chaîne symbolique lumière-parole-semen, si présente dans la pensée  cosmogonique des Dogons : Jung rapprochant le radical sven du sanscrit svan, qui signifie bruire, va même jusqu’à conclure que le chant du cygne (schwan), oiseau solaire, n’est que la manifestation mythique de l’isomorphisme étymologique de la lumière et de la parole.
Dans les textes celtiques, la plupart des êtres de l’Autre Monde qui, pour une raison ou pour une autre, pénètrent dans le monde terrestre, empruntent la forme du cygne et voyagent le plus souvent par deux, reliés par une chaîne d’or ou d’argent.
Venant du nord ou y retournant, ils symbolisent les états supérieurs ou angéliques de l’être en cours de délivrance et retournant vers le Principe suprême.

Mots clés : six, rencontre, corps, transformation, cygnes.

 

8)       Le lendemain, le roi vint rendre visite à ses enfants. Il ne trouva que sa fille.
- Où sont tes frères ? demanda-t-il.
- Ah ! Cher père, répondit-elle, ils sont partis et m'ont laissée toute seule.

Elle lui raconta qu'elle avait vu de sa fenêtre comment ses frères transformés en cygnes étaient partis en volant au-dessus de la forêt et lui montra les plumes qu'ils avaient laissé tomber dans la cour. Le roi s'affligea, mais il ne pensa pas que c'était la reine qui avait commis cette mauvaise action. Et comme il craignait que sa fille ne lui fût également ravie, il voulut l'emmener avec lui. Mais elle avait peur de sa belle-mère et pria le roi de la laisser une nuit encore dans le château de la forêt.

>Commentaires

Le roi ne retrouve que sa fille. Celle-ci lui relate la disparition de ses frères en ces termes : « ils m’ont laissée seule ».
Elle demande à son père encore une nuit avant de rentrer au château.

9)       La pauvre jeune fille pensait : « Je ne resterai pas longtemps ici, je vais aller à la recherche de mes frères. » Et lorsque la nuit vint, elle s'enfuit et s'enfonça tout droit dans la forêt. Elle marcha toute la nuit et encore le jour suivant jusqu'à ce que la fatigue l'empêchât d'avancer.

 

>Commentaires
La cachette n’apporte plus de sécurité, la petite fille s’enfuit dans la forêt.
La quête.

Mots clés : fuite, quête

 

10)   Elle vit alors une hutte dans laquelle elle entra ; elle y trouva six petits lits. Mais elle n'osa pas s'y coucher. Elle se faufila sous l'un d'eux, s'allongea sur le sol dur et se prépara au sommeil.

 

>Commentaires

La petite fille se cache sous un lit, à même le sol, et attend le sommeil.

???? passage étrange, sans queue ni tête. Pourquoi ne pas se coucher dans le lit, pourquoi choisir de s’arrêter là et d’y dormir… ???

LIT
Symbole de la régénérescence dans le sommeil et dans l’amour ; il est aussi le lieu de la mort. Le lit de la naissance, le lit conjugal, le lit funéraire sont l’objet de tous les soins et d’une sorte de vénération ; centre sacré des mystères de la vie, de la vie dans son état fondamental, non à ses degrés les plus développés.
Le lit participe de la double signification de la terre : il communique et absorbe la vie. Il s’inscrit dans la symbolique d’ensemble de l’horizontalité.

Dans la tradition chrétienne, le lit ne signifie pas seulement un lieu de repos sur lequel l’homme s’étend pour accomplir les actes fondamentaux de la vie, selon les anciens usages. Il symbolise le corps.
Le lit peut désigner le corps de péché restauré par la grâce et purifié.

HUTTE
La hutte symbolise l’habitation nomade, du voyageur qui n’appartient pas à une cité permanente ; elle convient au chrétien exilé de sa patrie, vivant dans une terre étrangère.
La hutte joue aussi un rôle initiatique, celui d’un parvis introduisant dans l’autre monde. C’est l’équivalent de la gueule du monstre, de la tarasque et du dragon, de l’urne et de la jarre funéraires (…).

Mots clés : hutte, lits, sommeil

 

11)   Mais, comme le soleil allait se coucher, elle entendit un bruissement et vit six cygnes entrer par la fenêtre. Ils se posèrent sur le sol, soufflèrent l'un sur l'autre et toutes leurs plumes s'envolèrent. Leur peau apparut sous la forme d'une petite chemise. La jeune fille les regarda bien et reconnut ses frères. Elle se réjouit et sortit de dessous le lit. Ses frères ne furent pas moins heureux qu'elle lorsqu'ils la virent. Mais leur joie fut de courte durée.

>Commentaires
La petite fille reconnaît ses frères dans les cygnes qui se posent sur le sol de la hutte. Elle se montre à ses frères, dont la peau se présente sous la forme de « chemise ».

Mots clés : souffle, peau, plumes, reconnaissance

SOUFFLE

Le souffle a universellement  le sens d’un principe de vie ; seule l’extension du symbole varie d’une tradition à l’autre.
RUAH, l’esprit de Dieu qui couve sur les eaux primordiales de la Genèse, est le Souffle.
C’est aussi le sens premier d’ER-RUH (esprit) en langage musulman. Et HAMSA, le cygne qui couve l’œuf cosmique du Veda, est aussi un souffle.
L’espace intermédiaire entre le ciel et la terre est rempli d’un souffle, dans lequel l’homme vit comme un poisson dans l’eau.  Ce même domaine intermédiaire ou subtil est en Inde celui de Vâyu, le vent et le souffle vital.
Vâyu est le fil (sôtra) qui relie entre eux tous les mondes ; ce fil est aussi Atmâ, l’Esprit universel, qui est littéralement le souffle.
Comme l’univers est  tissé par Vâyu, l’homme est tissé par les souffles (au nombre de 5)…
Le souffle a chez les Celtes, des propriétés magiques.

PLUME

Double symbolique : forces ascensionnelles,  et croissance végétale.
Certains interprètes voient aussi dans la plume un symbole du sacrifice. Car sous toutes les latitudes, poules et poulets étaient sacrifiés aux dieux et les plumes, seules, restaient étalées autour de l’autel.
Elles attestaient que le rite avait bien été accompli.

 

12)   - Tu ne peux pas rester ici, lui dirent-ils, nous sommes dans une maison de voleurs. S'ils te trouvent ici quand ils arriveront, ils te tueront.
-Vous ne pouvez donc pas me protéger ? demanda la petite fille. "Non ! répondirent-ils, car nous ne pouvons quitter notre peau de cygne que durant un quart d'heure chaque soir et, pendant ce temps, nous reprenons notre apparence humaine. Mais ensuite, nous redevenons des cygnes. "

>Commentaires

Les frères ne peuvent plus protéger leur sœur car ils ne peuvent retrouver forme humaine qu’un ¼ d’heure par jour. En fait cet évènement ne se produit que le temps de la transformation du jour en nuit  (crépuscule).

Mots clés : voleurs, protection (= impuissance), le ¼ d’heure ( ?)

 

13)   La petite fille pleura et dit : "Ne pouvez-vous donc pas être sauvés ?
- Ah, non, répondirent-ils, les conditions en sont trop difficiles. Il faudrait que pendant six ans tu ne parles ni ne ries et que pendant ce temps tu nous confectionnes six petites chemises faites de fleurs. Si un seul mot sortait de ta bouche, toute ta peine aurait été inutile.
Et comme ses frères disaient cela, le quart d'heure s'était écoulé et, redevenus cygnes, ils s'en allèrent par la fenêtre.

>Commentaires

Les frères n’ont donc que le temps de dire à leur sœur que elle seule peut les délivrer du sort : c’est une épreuve de 6 années, durant lesquelles elle ne devra ni parler, ni rire et tisser 6 chemises de fleurs.
Dans la symbolique de la fin, où la figure de l'ange apparaît, nous verrons que nous sommes sur cette thématique de la parole et des êtres situés dans un « autre monde » : l’ancien monde ?
Tout concorde à penser que l’état des jeunes garçons correspond à une période de transition (la transformation).
L’enfance est beaucoup convoquée dans ce conte, voir la symbolique des nombres… entre le six et le sept, les cycles de l’âge, ainsi que par les épreuves infligées symboliquement pour arriver jusqu’à l’âge adulte (7+ 6 =13 ans, sortie de l’enfance pour la petite fille).
La petite fille épargnée est la clé de la réalisation de cette transformation de nature vraisemblablement sociétale. Elle devra créer le lien entre ces deux « mondes », ou deux « états »pour libérer ses frères.
Si l’on se fie à la symbolique et comment les signes s’articulent entre eux, l’ère payenne (emprunts au floklore) est convoquée comme étant un état (une condition) primitif qu’il faut quitter pour retrouver la parole (le verbe si cher à la religion chrétienne).

 

Mots clés : sauver, l’épreuve, tisser, fleurs, parole, rire.

 

14)   La jeune fille résolut cependant de sauver ses frères, même si cela devait lui coûter la vie. Elle quitta la hutte, gagna le centre de la forêt, grimpa sur un arbre et y passa la nuit. Le lendemain, elle rassembla des fleurs et commença à coudre. Elle n'avait personne à qui parler et n'avait aucune envie de rire. Elle restait assise où elle était et ne regardait que son travail.

>Commentaires
La situation se renverse : les frères désignent leur sœur pour les sauver, alors qu’elle leur demandait protection. Elle accepte le sacrifice et s’enfuit au plus profond de la forêt (le centre).
La petite fille grimpe en haut d’un arbre et y élit domicile (sous entendu).
Nous pouvons penser qu’elle revient symboliquement à une condition presque animale.

Mots clés : sacrifice, l’arbre/maison, coudre

 

15)   Il en était ainsi depuis longtemps déjà, lorsqu'il advint que le roi du pays chassa dans la forêt et que ses gens s'approchèrent de l'arbre sur lequel elle se tenait. Ils l'appelèrent et lui dirent :
- Qui es-tu ? Elle ne répondit pas.
-Viens, lui dirent-ils, nous ne te ferons aucun mal. Elle secoua seulement la tête. Comme ils continuaient à la presser de questions, elle leur lança son collier d'or, espérant les satisfaire. Mais ils n'en démordaient pas. Elle leur lança alors sa ceinture ; mais cela ne leur suffisait pas non plus. Puis sa jarretière et, petit à petit, tout ce qu'elle avait sur elle et dont elle pouvait se passer, si bien qu'il ne lui resta que sa petite chemise. Mais les chasseurs ne s'en contentèrent pas. Ils grimpèrent sur l'arbre, se saisirent d'elle et la conduisirent au roi.

>Commentaires

Le temps passe. LE roi du pays vient à chasser et ses gens (collectif) voient l’arbre et la fille : ils l’appellent.
Elle ne répond pas.
Elle lance :

  • son collier d’or
  • sa ceinture
  • sa jarretière
  • puis tout ce dont elle pouvait se passer,

Elle resta en chemise.
Elle est enlevée et amenée au roi.

L’histoire se recompose en miroir : de nouveau un roi chasse dans la forêt. Cette fois-ci, c’est lui qui choisit la jeune fille (le temps a passé) et l’emmène.

 

>Chiffres

1, la petite fille, devenue jeune fille redevient +1 [et non plus (1-6)] en perdant ses attributs (tributs)

Mots clés : tribut, rapt, nudité ou dépossession.

 

16) Le roi demanda :
- Qui es-tu ? Que fais-tu sur cet arbre ? Elle ne répondit pas. Il lui posa des questions dans toutes les langues qu'il connaissait, mais elle resta muette comme une carpe. Comme elle était très belle, le roi en fut ému et il s'éprit d'un grand amour pour elle. Il l'enveloppa de son manteau, la mit devant lui sur son cheval et l'emmena dans son château. Il lui fit donner de riches vêtements et elle resplendissait de beauté comme un soleil. Mais il était impossible de lui arracher une parole. A table, il la plaça à ses côtés et sa modestie comme sa réserve lui plurent si fort qu'il dit :
-Je veux l'épouser, elle et personne d'autre au monde.

>Commentaires

La jeune fille reste muette aux questions du roi et celui-ci en est séduit.
Il la protège (l’enveloppe dans son manteau) et la désigne comme épouse.

Mots clés : le langage, parole, muette, modestie, réserve, unique (personne d’autre au monde), amour

17) Au bout de quelques jours, il se maria avec elle. Mais le roi avait une mère méchante, à laquelle ce mariage ne plaisait pas. Elle disait du mal de la jeune reine. « Qui sait d'où vient cette folle, disait-elle. Elle ne sait pas parler et ne vaut rien pour un roi. » Au bout d'un an, quand la reine eut un premier enfant, la vieille le lui enleva et, pendant qu'elle dormait, elle lui barbouilla les lèvres de sang. Puis elle se rendit auprès du roi et accusa sa femme d'être une mangeuse d'hommes. Le roi ne voulut pas la croire et n'accepta pas qu'on lui dît du mal. Elle, cependant, restait là, cousant ses chemises et ne prêtant attention à rien d'autre. Lorsqu'elle eut son second enfant, un beau garçon, la méchante belle-mère recommença, mais le roi n'arrivait pas à la croire. Il dit : « Elle est trop pieuse et trop bonne pour faire pareille chose. Si elle n'était pas muette et pouvait se défendre, son innocence éclaterait. » Mais lorsque la vieille lui enleva une troisième fois son enfant nouveau-né et accusa la reine qui ne disait pas un mot pour sa défense, le roi ne put rien faire d'autre que de la traduire en justice et elle fut condamnée à être brûlée vive.

>Commentaires

Très rapidement le roi épouse la jeune fille, puis au bout d’un an un premier enfant naît. La mère du roi l’enlève, ainsi que les deux autres qui naissent après. Elle accuse sa belle fille de cannibalisme.
Au bout du troisième rapt, le roi ne peut plus réfuter l’accusation et condamne sa femme au bûcher (sorcière).

>Chiffres

1+1= 2

La somme, comme au début du conte, se répète mais cette fois-ci, elle sera chargée positivement.
Contrairement à « l’ancien roi », celui-ci épouse sa femme dans l’amour et la confiance. Le 2 va revêtir ses aspects positifs et corriger la malédiction du premier couple. De l’involution première, l’histoire va aller vers l’évolution créatrice. 

Rappel : Le nombre deux symbolise le dualisme, sur lequel repose toute dialectique, tout effort, tout combat, tout mouvement, tout progrès. Mais la division est le principe de la multiplication, aussi bien que de la synthèse.
Le deux exprime donc un antagonisme qui de latent devient manifeste ; une rivalité, une réciprocité, qui peut être de la haine autant que de l’amour; une opposition, qui peut être contraire et incompatible, aussi bien que complémentaire et féconde.

1 chargé négativement, la mère méchante, résurgence de la première belle mère.

1+1 = 3, le premier enfant
-1, l’enfant ravi par la mère du roi
x3, jusqu’au troisième enfant.

1+1=2    = stérilité

Vient l’heure de la sentence : la mort.

TROIS

 

Le trois est une manifestation, le révélateur, l’indicateur des deux premiers : l’enfant révèle son père et sa mère, le tronc à hauteur d’homme révèle ce qui dépasse en l’air, branches et feuilles, et ce qui se cache sous terre, les racines.
Enfin le trois équivaut à la rivalité (le deux) surmontée ; il exprime un mystère de dépassement, de synthèse, de réunion, d’union, de résolution.
Les naturalistes ont observé de nombreux ternaires dans le corps humain. Il semblerait que toute fonction importante d’un organisme possède cette structure de base. Ces observations illustrent le sens fondamental du ternaire : la totalité vivante des types de relations à l’intérieur d’une unité complexe. Il indique à la fois l’identité unique d’un être et sa multiplicité interne, sa permanence relative et la mobilité de ses composants, autonomie immanente et sa dépendance. Le ternaire traduit aussi bien la dialectique dans l’exercice logique de la pensée que le mouvement en physique et la vie en biologie. La raison fondamentale de ce phénomène ternaire universel est sans doute à chercher dans une métaphysique de l’être composite et contingent, dans une vue globale de l’unité-complexité de tout être dans la nature, qui se résume dans les trois phases de l’existence : apparition, évolution, destruction (ou transformation) ; ou naissance, croissance, mort ; ou encore, selon la tradition et l’astrologie : évolution, culmination, involution.

 

Mots clés : (le premier, le second, le troisième : l’énumération), trois, sang, cannibalisme, justice, brûlée vive

 

18) Quand vint le jour où le verdict devait être exécuté, c'était également le dernier des six années au cours desquelles elle n'avait le droit ni de parler ni de rire et où elle pourrait libérer ses frères chéris du mauvais sort. Les six chemises étaient achevées. Il ne manquait que la manche gauche de la sixième. Quand on la conduisit à la mort, elle plaça les six chemises sur son bras et quand elle fut en haut du bûcher, au moment où le feu allait être allumé, elle regarda autour d'elle et vit que les six cygnes arrivaient en volant. Elle comprit que leur délivrance approchait et son cœur se remplit de joie. Les cygnes s'approchèrent et se posèrent auprès d'elle de sorte qu'elle put leur lancer les chemises. Dès qu'elles les atteignirent, les plumes de cygnes tombèrent et ses frères se tinrent devant elle en chair et en os, frais et beaux. Il ne manquait au plus jeune que le bras gauche. À la place, il avait une aile de cygne dans le dos. Ils s'embrassèrent et la reine s'approcha du roi complètement bouleversé, commença à parler et dit :

>Commentaires

Le jour  où le verdict doit être accompli est aussi le jour de la fin du sacrifice de la fille pour ses frères. Elle a tenu les six ans de silence et les chemises sont enfin prêtes (sauf la manche gauche pour le plus jeune). Les cygnes apparaissent et la sœur, sur le bûcher, dénoue le sort en lançant les six chemises.
Apparaît la figure de l’ange (le jeune garçon avec une aile dans le dos), mais aussi la marque du souvenir de l’état antérieur : pourquoi sur le plus jeune ? N’ayant plus qu’une aile, il ne pourra plus voler, autrement dit il est condamné à porter les marques d’une fonction ancienne sans plus en jouir..

>Chiffres

+ 6 + 1
Mais ne sera plus jamais 7

ANGE

Etres intermédiaires entre Dieu et le monde, mentionnés sous des formes diverses…
Ils seraient ou des êtres purement spirituels, ou des esprits doués d’un corps éthéré, aérien ; mais ils ne pourraient revêtir des hommes que les apparences.
Ils rempliraient pour Dieu les fonctions de ministres : messagers, gardiens, conducteurs des astres, exécuteurs des lois, protecteur des élus…et seraient organisés en hiérarchie de sept ordres, de neuf chœurs, ou de trois triades.

Il existe une équivalence symbolique et fonctionnelle entre les messagers de l’Autre Monde celtique, qui se déplacent souvent sous la forme de cygnes, et les anges du christianisme, qui portent des ailes de cygnes.
Les hiérarchies célestes sont une image des hiérarchies terrestres et leurs relations réciproques doivent inspirer celles des hommes.
Il existerait un rapport entre le nombre des nations et le nombre des anges. Ces rapports peuvent varier selon le nombre des nations au cours de l’histoire, mais ils demeureront toujours aussi mystérieux, ne serait-ce que du fait que le nombre des anges est lui-même inconnu.

Mots clés : verdict, délivrance, joie, manque (bras gauche), parler, ange

 

19) - Mon cher époux, maintenant j'ai le droit de parler et de te dire que je suis innocente et que l'on m'a faussement accusée.
Et elle lui dit la tromperie de la vieille qui lui avait enlevé ses trois enfants et les avait cachés. Pour la plus grande joie du roi, ils lui furent ramenés et, en punition, la méchante belle-mère fut attachée au bûcher et réduite en cendres

>Commentaires

La nouvelle reine rétablit la vérité et la belle mère subit le châtiment du bûcher et est donc consumée (reconnue comme sorcière, l’ancienne société ou ancien ordre détruit).

La reine retrouve ses trois enfants (cachés) mais aussi ses frères. Elle assimile dans son nouveau foyer les éléments de son ancienne « maison », ou culture en même temps que les éléments du mélange sont retrouvés et atteste des changements futurs (les enfants héritiers).

 

>Chiffres
-1
La charge négative qui pesait disparaît.

Mots clés : droit, innocence, vérité, cendres

20) Pendant de nombreuses années, le roi, la reine et ses six frères vécurent dans le bonheur et la paix

 

>Chiffres

1+1=3
2=3
3=6/2 ?

1(-1) + 1(+6) = 3

Mots clés : bonheur et paix, durable.